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    Edito

    Bernie partout, raison nulle part

    Par Laure Bretton
    Bernie partout, raison nulle part
    Bernie partout, raison nulle part Libération

    La silhouette du sénateur progressiste a fait le tour du monde et de l'internet depuis mercredi. De quoi ses moufles sont-elles le nom ?

    Quel est le point commun entre des bouteilles en plastique recyclées, Sharon Stone, les hippies du Vermont et le Capitole américain ? Bernie Sanders pardi ! Depuis l'investiture de Joe Biden, mercredi, la silhouette boudeuse du sénateur démocrate se balade virtuellement sur toute la planète. Bras croisés et mains emmitouflées dans une paire de moufles tricotées (doublée de polaire en laine recyclée donc) fleurant bon les seventies, c'est l'avènement du «Grumpy chic». Signe de résistance au centrisme politique du nouveau locataire de la Maison Blanche ou gage de complicité numérique, tout le monde a pu coller l'effigie de l'ancien candidat à la primaire présidentielle démocrate dans son décor préféré, voire dans un coin de sa rue via un site éphémère (bernie-sits.herokuapp.com) monté à la va-vite par un ingénieur informatique : en quatre jours, près de 10 millions de «mèmes», ces images virales lancées sur Internet, ont été créées sur sa plateforme, désormais hors ligne. «Merci à tous d’avoir utilisé cet outil, c’était fou comme aventure», s'emballe son créateur, Nick Sawhney, expliquant qu'il n'a pas les moyens financiers de continuer à faire fonctionner le site. 

    Si Hollywood a massivement participé à la campagne de Biden, certains acteurs ont une tendresse particulière pour Sanders. Ils y sont allés de leur propre version numérique du président de la puissante commission budgétaire du Sénat, qui s'est retrouvé avec le corps de Jamie Lee Curtis dans la scène du strip-tease de True Lies ou celui de Sharon Stone pendant l'interrogatoire torride de Basic Instinct avant de se faufiler dans le générique de Friends ou sur le porche de la Desperate Housewife Eva Longoria. Dimanche, CNN a interviewé un Sanders hilare à la vue de certaines créations, le montrant (entre autres) aux côtés de Staline, Churchill et Roosevelt lors du sommet de Yalta ou assis à côté de Forrest Gump sur son banc. «Est-ce que vous vous amusez autant que nous et que le monde entier avec cette affaire ?», lui demande la cheffe du service politique de la chaîne d'information en continu«Je rigole ! Je rigole en effet mais nous sommes surtout en train de tourner tout ça dans une bonne action», glisse Bernie. Le sénateur progressiste a profité de l’engouement planétaire pour sa binette, la faisant imprimer sur des sweat-shirts vendus 45 dollars (37 euros), qui seront directement reversés à plusieurs associations caritatives en première ligne depuis le début de la pandémie : «J’espère que nous allons récolter des millions de dollars pour aider les gens les plus touchés.»

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    Tricotées à la main et offertes par une enseignante du Vermont, son fief politique, les moufles café et chocolat de Sanders ont éclipsé les tenues color block sans un fil de travers de Kamala Harris (Mme Deep Purple) ou turquoise jusqu'au bout des gants de Jill Biden ainsi que les baskets Dior x Air Jordan 1 High portées par le neveu de la vice-présidente dont le prix à la revente dépasse les 10 000 dollars. Après les quatre années de bling bling Trump, la symbolique de ces mitaines de laine a inspiré jusqu'à Naomi Klein, qui a publié samedi «Le sens des moufles : cinq possibilités»

    «Mais que se passe-t-il, s’interroge l’essayiste altermondialiste. Pourquoi Bernie, le dangereux socialiste, est soudainement devenu le grand-père adoré de tout le monde ?» La question, «elle est vite répondue» : parce que Sanders ne représente plus de danger présidentiel pour les démocrates, parce que ses idées ont néanmoins un écho phénoménal dans une partie de la jeunesse américaine et parce qu'il incarne le droit d'être soi dans un décorum grand barnum. Faire la gueule, mais avoir chaud et rêver à un monde meilleur.   

    Laure Bretton
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