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    Vu du monde

    Brésil : carnaval ou pas carnaval ?

    Par Chantal Rayes, correspondante à São Paulo
    Une danseuse lors du traditionnel Boi-Bumba festival, annulé à cause du covid, à Parintins dans l'état d'Amazonie au Brésil le 27 juin dernier
    Une danseuse lors du traditionnel Boi-Bumba festival, annulé à cause du covid, à Parintins dans l'état d'Amazonie au Brésil le 27 juin dernier Photo Michael Dantas. AFP

    Les festivités, initialement prévues du 13 au 16 février, ont été suspendues en raison de la situation sanitaire, alors que le Brésil compte 206 000 morts du Covid-19 et que la campagne de vaccination n'a pas commencé. Mais certains ont décidé de passer outre l'interdiction de rassemblement.

    C’est bien connu : au Brésil, l’année ne commence vraiment qu’après le carnaval, qui se tient en février ou mars, selon les ans. Entre les fêtes de fin d’année et la plus grande fête populaire de la planète, le pays tourne au ralenti, avant de basculer dans la «folia».

    Mais cette année, l’épidémie de coronavirus, qui a déjà tué 206 000 Brésiliens, chamboule tout. Y aura-t-il carnaval ? Et si oui, quand ? Un peu partout dans le pays, les festivités, initialement prévues du 13 au 16 février, ont été suspendues en raison de la situation sanitaire. A Rio, le célèbre défilé des écoles de samba a été très hypothétiquement reporté au mois de juillet… Quant au carnaval de rue, qui draine des millions de personnes, il n’aura tout simplement pas lieu. A São Paulo, la capitale économique, qui s’emploie à faire mentir sa réputation de «tombeau de la samba» en organisant l’un des principaux carnavals de rue du pays, les autorités n’avancent pas de nouvelle date. Même avec la campagne de vaccination, qui n’a toujours pas démarré, se rassembler ne serait pas raisonnable. Même son de cloche à Salvador de Bahia, ou encore dans le Pernambouc, pour ne citer que les principaux foyers carnavalesques.

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    Pas de carnaval, Jair Bolsonaro en rêvait, le Covid-19 l’a fait. Pour le président brésilien, c’est par le carnaval, qui attire des touristes du monde entier, que l’épidémie s’est infiltrée dans le pays l’an dernier. Le leader d’extrême droite honnit cet intermède de satyre politique et sociale. En 2019, un personnage gonflable à son effigie avait été copieusement pris pour cible à coups de canettes de bière lors des festivités de rue… Comme le dit l’anthropologue Viveiros de Castro, «le contact des corps réveille le désir politique des masses».

    «Carnaval de la revanche»

    Mais suspendre la «folia», pas sûr que ça va prendre. Parce qu’ici, on dit qu’il y a des règles «qui prennent» et d’autres «qui ne prennent pas». A Recife et Olinda, les deux foyers carnavalesques du Pernambouc, les fêtards ont décrété le début des festivités en prenant d’assaut les rues dès le week-end dernier, et ce malgré l’interdiction de rassemblement. «C’est le peuple qui fait le carnaval, il n’a pas besoin d’autorisation», défie un internaute qui s’identifie comme Carioca 300. Au lieu d’un carnaval différé, voire pas de carnaval du tout, il pourrait donc y en avoir… deux cette année. «Il y a de grandes chances que les gens célèbrent le carnaval à sa date habituelle puis à sa nouvelle date», estime l’universitaire Mauricio Conrado. Comme en 1892 et en 1912, lors des deux précédents reports de la fête.

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    Quoi qu’il arrive, le premier carnaval post-épidémie sera le plus grand de l’histoire, assurent les spécialistes. Comme en 1919, après la grippe espagnole qui avait décimé 35 000 Brésiliens. Ce fut alors le «carnaval de la revanche» sur la mort. Parce que «les Brésiliens ont ce don de transformer le deuil en allégresse», dit joliment Tarcisio Zanon, auteur des chansons de l’école de samba Viradouro. Alors «Bon carnaval !» comme on dit ici.

    Chantal Rayes correspondante à São Paulo
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