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    Au rapport

    Pour s'approvisionner en explosifs, l'Etat islamique utilisait cinquante sociétés différentes

    Par Luc Mathieu
     Un ancien dépôt d'armes de l'Etat islamique près de Mossoul, en Irak, en octobre 2020.
    Un ancien dépôt d'armes de l'Etat islamique près de Mossoul, en Irak, en octobre 2020. Photo Zaid Al- Obeidi. AFP

    L'ONG Conflict Armament Research a dévoilé des filières logistiques qui impliquaient plus de vingt pays. Aucune preuve n'a pu démontrer que les fournisseurs connaissaient l'identité réelle de l'acheteur, selon le rapport.

    De petites sociétés familiales, basées à la frontière turco-syrienne, qui ne savaient pas forcément que les matériaux qu’elles vendaient finissaient entre les mains de l’Etat islamique pour fabriquer des engins explosifs. Mais aussi des sociétés-écrans qui commandent depuis la Grande-Bretagne des composants électroniques à une entreprise américaine, qui se fait payer par un loueur turc de voitures. Dans les deux cas, que le montage soit simple ou complexe, des «alarmes rouges» n’ont pas été repérées, souligne le dernier rapport de l’ONG Conflict Armament Research (CAR).

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    Aucun groupe armé n’a eu autant recours aux engins explosifs artisanaux que l’Etat islamique. Ses combattants les ont utilisés pour piéger des routes, des voitures, des camions, des bulldozers, des maisons, des immeubles, des portes, des canapés ou même des téléphones portables. Ils ont été l’un des principaux freins à la reconquête de Mossoul par les forces irakiennes, ou de Raqqa par les combattants arabes et kurdes des Forces démocratiques syriennes.

    «Pas de preuve qu’ils étaient délibérément complices de l’Etat islamique»

    Pour s’approvisionner en composants et matériaux, l’Etat islamique en Syrie et en Irak avait, avant d’être défait militairement, mis au point plusieurs filières logistiques, qui passaient par au moins cinquante sociétés, opérant depuis vingt pays, note le rapport. Parmi elles, les plus simples s’appuyaient sur de petits fournisseurs installés à Akcakale et Siverek, dans le sud de la Turquie, à proximité de la frontière syrienne et des territoires contrôlés par les jihadistes. Des passeurs se chargeaient ensuite d’acheminer les produits sur les terres du «califat» en soudoyant des officiels turcs locaux. «Il n’y a pas de preuve qu’ils étaient délibérément complices de l’Etat islamique ou même coupables d’aucune malversation. Mais ils étaient néanmoins des points clefs de sa chaîne logistique», note l’ONG.

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    Certains auraient pu être facilement repérables. Tel ce vendeur turc d’engrais agricoles qui a acheté 78 tonnes d’un produit chimique utilisé pour propulser des roquettes, pour 200 000 dollars (165 000 euros). Ou ce magasin de téléphones mobiles qui s’est procuré six tonnes de pâte d’aluminium, qui rentre dans la composition d’engins explosifs.

    Des échanges par messages instantanés

    Les experts de CAR ont également mis au jour les efforts de l’Etat islamique pour mettre au point un système anti-aérien automatisé. En 2015, une société basée au Royaume-Uni a pris contact avec des fournisseurs américains et asiatiques de caméras et de logiciels spécialisés. Les contrats indiquaient qu’il s’agissait de développer un système d’épandage d’engrais sur des champs agricoles. Aucune rencontre physique n’a jamais eu lieu, les représentants de la société britannique ne discutaient que par courriers électroniques ou messages instantanés. Certains versements ont été envoyés via une agence de Western Union à Hongkong. Mais, lorsqu’un fournisseur nord-américain a demandé 18 000 dollars (14 900 euros), ce système a été abandonné, probablement parce qu’il nécessitait une vérification de l’identité du payeur. Le fournisseur a donc reçu un virement bancaire émanant d’un compte bancaire d’une entreprise turque, sans lien apparent avec l’acheteur. Cette entreprise, créée quelques mois plus tôt, était enregistrée à Istanbul comme étant une entreprise de location de voitures de luxe.

    La même société britannique a acheté des composants pouvant être utilisés pour fabriquer des roquettes et des drones à des fournisseurs américains et allemands. L’adresse de livraison correspondait à un vendeur de téléphones mobiles de la ville turque de Sanliurfa, non loin de la frontière syrienne.

    Luc Mathieu
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