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    Justice

    Deux des «Beatles» de Daech vont être jugés aux Etats-Unis

    Par Luc Mathieu et Sonia Delesalle-Stolper, à Londres
    El Shafee el-Sheikh et Alexanda Kotey.
    El Shafee el-Sheikh et Alexanda Kotey. Photos AFP

    Arrêtés en 2019 en Syrie, El Shafee el-Sheikh et Alexanda Kotey, déchus de leur nationalité britannique, sont poursuivis pour le meurtre de quatre Américains otages de l'Etat islamique.

    Sur les photos diffusées par le bureau du shérif d’Alexandria, aux Etats-Unis, les deux jihadistes ne sont pas vêtus de la combinaison orange dont ils aimaient affubler les otages qu’ils torturaient dans des geôles de l’Etat islamique en Syrie. Ils portent un uniforme de prisonnier kaki, cheveux ébouriffés pour El Shafee el-Sheikh, 32 ans, crâne rasé pour Alexanda Kotey, 36 ans. Les deux hommes, surnommés les «Beatles» par leurs victimes en raison de leur accent anglais, ont été transférés mercredi aux Etats-Unis où ils seront jugés pour la prise d’otages et le meurtre de quatre journalistes et humanitaires américains. A la magistrate qui venait de lire les chefs d’accusation, El-Sheikh a demandé s’il était en état d’arrestation. «Oui», a-t-elle répondu. Kotey a lui déclaré attendre «d’être informé sur ce qui se passe, c’est nouveau pour moi». Les deux sont détenus dans un endroit gardé secret, quelque part dans l’Etat de Virginie.

    El-Sheikh et Kotey incarnent à l’extrême la sauvagerie dont ont pu faire preuve des jihadistes étrangers venus rejoindre le «califat» syro-irakien de l’Etat islamique. Avec leurs comparses Mohammed Emwazi, tués par un drone américain en novembre 2015 et surnommé «Jihadi John», et Aine Lesley Davis, arrêté le même mois en Turquie et condamné à sept ans et demi de prison, ils sont accusés d’avoir détenu et décapité au moins 27 otages entre 2013 et 2015, dont les journalistes américains James Foley et Steven Sotloff, tués en 2014, et les humanitaires Kayla Mueller et Peter Kassig. Ceux qui ont été libérés ont raconté comment ils avaient été torturés à l’électricité, tabassés et parfois soumis au waterboarding, un simulacre de noyade. Les «Beatles» apparaissent dans des vidéos d’exécution, centrales dans la propagande de l’Etat islamique alors en pleine expansion.

    600 témoignages à charge

    Recherchés par plusieurs services de renseignement occidentaux, El-Sheikh et Kotey ont fini par être capturés en janvier 2018 par les Forces démocratiques syriennes, une alliance de combattants kurdes et arabes qui luttaient contre Daech dans l’est de la Syrie. Détenus au Kurdistan syrien, où plusieurs médias étrangers les ont interviewés, ils ont été transférés en Irak en octobre 2019. La Turquie venait alors de lancer une offensive dans le nord de la Syrie et Washington craignait qu’ils puissent profiter du chaos pour s’évader.

    Les deux hommes avaient été déchus de leur nationalité britannique en juillet 2018. Ils rejoignaient quelque 120 suspects jihadistes privés de leur citoyenneté britannique par le gouvernement depuis 2016. Leur extradition d’Irak aux Etats-Unis avait été bloquée par un tribunal britannique. Les Etats-Unis avaient déposé dès 2015 une demande d’assistance légale mutuelle auprès des autorités britanniques pour réclamer la communication d’informations sur les suspects. Le Royaume-Uni, signataire de la Convention européenne des droits de l’homme, n’accorde en principe pas d’extradition vers les pays où la peine de mort est en vigueur. Mais, en dépit de cet usage, le gouvernement avait accédé à la demande américaine, en communiquant notamment une sélection de 600 témoignages à charge. La mère de El-Sheikh, Maha Elgizouli, avait alors attaqué la décision devant la justice, obtenant la suspension du transfert des informations.

    «Attente longue et cruelle»

    De longues tractations ont finalement abouti en septembre. Le procureur général américain William Barr a accepté d’exclure la peine de mort des sentences encourues par les deux suspects. A la place, pour chacune des huit charges dont ils sont accusés, El-Sheikh et Kotey risquent une peine de réclusion à perpétuité. A la suite de cet accord, le 22 septembre, des officiers du contre-terrorisme britannique se sont présentés à l’ambassade américaine à Londres pour remettre en mains propres les informations et preuves qu’ils détenaient. Ces éléments étaient jugés cruciaux par la justice américaine pour étayer le dossier d’accusation. «Nous avions décidé que pour poursuivre ces accusations, nous devions exposer les faits de la manière la plus complète possible, exposer exactement les actes commis par les accusés, pour disposer de l’acte d’accusation le plus solide possible, a déclaré le procureur général adjoint américain John Demers. Avec les preuves apportées par les Britanniques, je pense que nous sommes dans une très bonne position pour cela.»

    Le frère de David Haines, un humanitaire originaire de Perth en Ecosse, a été l’un des premiers à réagir à l’annonce du transfert aux Etats-Unis des deux suspects. David Haines, 44 ans, avait été enlevé début 2013 dans un camp d’aide humanitaire en Syrie avant d’être exécuté en septembre 2014. Il avait été lui aussi décapité et la vidéo de son assassinat diffusée. «La peine vécue par nous, les familles, à l’annonce de la perte de nos proches, a été déchirante et les trois dernières années ont représenté un long et cruel jeu d’attente, a déclaré Mike Haines. Comme les autres familles, je suis soulagé de savoir que l’on se rapproche d’une décision sur le sort de ces hommes, mais ce n’est que le début.»

    «Profondément reconnaissante»

    Le journaliste britannique John Cantlie avait été arrêté en même temps que James Foley. Un temps utilisé par ses ravisseurs comme outil de propagande dans des vidéos pré-enregistrées, il a disparu des radars depuis 2016 après la diffusion d’une vidéo depuis Mossoul et son sort reste toujours inconnu. Pour la première fois depuis huit ans, sa sœur, Jessica Pocock, s’est confiée fin septembre à la BBC pour saluer le transfert d’informations du gouvernement britannique à la justice américaine qui ouvre la voie à un procès. «C’est la première bonne nouvelle à sortir de toute cette situation, a-t-elle dit. Tout ce que nous avons toujours voulu, c’est que ces deux individus soient jugés.»

    Aux Etats-Unis, Diane Foley, la mère du journaliste James Foley, s’est dite «profondément reconnaissante» des derniers développements. «J’espère que nous allons enfin obtenir quelques réponses.» 

    Luc Mathieu , Sonia Delesalle-Stolper à Londres
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