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    Tribune

    N’enfermons plus nos vieux

    Par Francis Carrier, président de GreyPRIDE
    Dans l'Ehpad Furtado-Heine, dans le XIVe arrondissement de Paris.
    Dans l'Ehpad Furtado-Heine, dans le XIVe arrondissement de Paris. Photo Camera Lucida. Arte

    Le documentaire «Vieillir enfermés», diffusé sur Arte, montre la double peine subie par les résidents d'Ehpad durant l’épidémie de Covid-19. Il est temps de ne plus condamner les anciens à une mort lente : d’autres solutions existent.

    Tribune. «J’attends, j’attends… le seul projet qu’on à faire c’est d’attendre…» Ce sont les paroles d’une résidente de l’Ehpad dans lequel a été filmé le documentaire Vieillir enfermés d’Eric Guéret, qui sera diffusé mercredi sur Arte (et qui est déjà disponible en ligne). Ce documentaire, qui dégage une tristesse infinie, incite à la révolte.

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    Le lieu n’est pas sordide, le personnel est attentionné mais il donne à voir une désespérance, pas dû à la vieillesse mais à la mise à l’écart de nos vieux. Des vieux, des vieilles qui dérangent et dont on ne sait pas quoi faire. Un système pris à son propre piège de la sécurité et qui bafoue le peu de liberté dont peuvent encore jouir les résidents. Cette vieille dame qui crie «j’étouffe» dans sa chambre lorsqu’on ferme la porte parce qu’elle est positive au Covid, qui malgré tout sort de sa chambre pour voir un peu de vie dans le couloir. On la ramène dans sa chambre et on referme la porte pour qu’elle ne contamine pas d’autres résidents.

    Tout désir de vivre anéanti

    Que fait-on de son consentement ? Que fait-on de sa liberté de mouvement ? La règle de la collectivité est impitoyable : isolée dans sa chambre pendant des semaines ! Les paroles des résidents nous montrent comment tout désir de vivre est progressivement anéanti pour respecter des règles, des normes que tout lieu de vie collectif impose à ses résidents.

    Lorsqu’on entre dans ces Ehpad, imagine-t-on un seul instant que l’on décidera pour nous de tous nos mouvements ? De notre rythme de vie ? De nos rencontres ? A quel moment ont-ils consenti à ce mode de vie ? Certains diront que l’on n’y peut rien, que c’est comme ça, que c’est la vieillesse qui apporte ce désespoir. Je ne pense pas.

    Double peine

    Créer des lieux à taille humaine, dans lesquels la liberté de chacun est respectée ; liberté qui s’accompagne de la conscience de la prise de risque permet de conserver le désir de vivre. Protéger, en enlevant toute autonomie et tout désir condamne ces résidents à une mort lente qu’ils souhaitent accélérer, pour en finir… Si le Covid a un point positif, c’est de nous faire prendre conscience que l’organisation que nous avons mise en place pour accueillir nos vieux est inhumaine et inefficace. La double peine, c’est que malgré l’isolement imposé dans tous ces lieux, c’est aussi l’échec des consignes de sécurité : 30 000 morts en institution !

    Alors n’imposons plus cette double peine, préférons la prise de risque dans un environnement où l’on peut encore faire des projets et aller discuter avec nos voisins de chambre. Des lieux où l’on peut, selon ses moyens, continuer de participer à la vie de la maison. Des solutions qui ne sont pas majoritaires existent, je vous invite à voir Maisons partagées : vieillir librement de Vincent Nguyen, Matthieu Martin et Matthieu Parmentier, reportage diffusé le 9 janvier dans le 13h15 de France 2.

    Dans ces maisons, dans ces appartements, la vie continue et la direction de ces établissements privilégie la liberté au risque qu’elle génère. Quand un enfant prend son vélo, va nager, va faire du sport, tous les parents comprennent bien que le plus important c’est de lui permettre de vivre de nouvelles expériences, même si le risque d’un accident qui peut être mortel existe. Alors pourquoi n’accepte-t-on pas ce même risque pour nos vieux, nos vieilles ? Pourquoi les condamne-t-on à une mort lente ? N’enfermons plus nos vieux, c’est inacceptable.

    Francis Carrier président de GreyPRIDE
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